Patients et aidants formateurs : partager son expérience
6 étapes · 8 min de lecture
Les étapes
- Mettez des mots sur ce que vous savez : comment vous vivez la maladie au quotidien, ce qui vous a aidé, ce qui vous a blessé, les astuces trouvées seul. C'est ce qu'on appelle le savoir expérientiel.
- Prenez du recul sur votre histoire : témoigner ne veut pas dire tout raconter. Il s'agit de tirer de votre parcours ce qui peut servir à d'autres. Ce travail se fait souvent avec une association ou une formation.
- Rejoignez une association : associations de patients, d'aidants, de familles. Beaucoup cherchent des bénévoles pour intervenir, représenter les usagers ou animer des groupes.
- Formez-vous : formations courtes proposées par les associations, programmes d'éducation thérapeutique, diplômes universitaires ouverts aux patients dans plusieurs universités.
- Choisissez votre terrain : enseignement dans les écoles de soignants, éducation thérapeutique, représentation des usagers, recherche, accueil de nouveaux patients.
- Fixez vos limites : temps disponible, sujets que vous ne voulez pas aborder, moments où votre santé passe d'abord. Un engagement durable est un engagement mesuré.
Le savoir expérientiel, c'est quoi
Un médecin sait ce qu'est une maladie. Un patient sait ce que c'est de vivre avec. Un aidant sait ce que c'est de l'accompagner jour après jour. Ces trois savoirs ne se remplacent pas : ils se complètent.
Le savoir expérientiel, c'est tout ce qu'on apprend en traversant la maladie : reconnaître les signes qui annoncent une crise, organiser sa journée autour de la fatigue, parler de son diagnostic à son employeur, tenir un pilulier pour quelqu'un qui refuse ses traitements, trouver les mots avec un enfant. Rien de tout cela ne s'apprend dans un manuel.
Pendant longtemps, ce savoir est resté dans les salles d'attente. Il entre aujourd'hui dans les formations, les services hospitaliers et les instances de décision. L'idée du « patient partenaire » est née de là : un patient qui n'est plus seulement soigné, mais associé à ses soins et à l'amélioration du système de santé.
Où intervenir
- Dans les formations des soignants et des travailleurs sociaux : facultés de médecine, instituts de formation en soins infirmiers, écoles de travail social. Des patients et des aidants y interviennent en cours, participent à des mises en situation ou aident à construire des enseignements. Les étudiants entendent ce qu'ils n'entendraient nulle part ailleurs : l'annonce d'un diagnostic vécue de l'autre côté, la vie après la sortie, la place de la famille.
- Dans l'éducation thérapeutique du patient : ces programmes aident les personnes atteintes de maladies chroniques à mieux vivre avec. Des patients formés y interviennent aux côtés des soignants, parfois dès la conception du programme.
- Dans la pair-aidance : en santé mentale notamment, des personnes rétablies accompagnent d'autres personnes, parfois comme professionnels formés.
- Dans la recherche : des comités de patients relisent des protocoles, des notices d'information, des questionnaires, pour qu'ils soient compréhensibles et utiles.
- Dans les instances : comme représentant des usagers (voir ci-dessous).
Devenir représentant des usagers
C'est la forme d'engagement la plus encadrée. Les représentants des usagers siègent dans les commissions des usagers des hôpitaux et des cliniques, dans certaines instances de l'Assurance Maladie, dans les conférences régionales de santé. Ils examinent les plaintes, donnent leur avis sur la qualité des soins, portent la voix des patients.
Pour le devenir, il faut être membre d'une association agréée en santé, qui propose votre candidature. Une formation de base est obligatoire et prise en charge. Le mandat est bénévole ; un congé de représentation existe pour les salariés. Le rôle des représentants face à une réclamation est décrit dans Se plaindre d'un hôpital.
Les universités des patients
Plusieurs universités en France ouvrent des diplômes aux patients et aux aidants, parfois sur les mêmes bancs que les soignants : éducation thérapeutique, démocratie en santé, accompagnement. Ces formations aident à transformer une expérience personnelle en compétence transmissible. Elles donnent aussi une légitimité utile pour intervenir dans les écoles. Renseignez-vous auprès des facultés de santé de votre région ou des associations de patients.
Les aidants aussi
On pense d'abord aux patients. Mais les aidants détiennent un savoir tout aussi précieux : la coordination des intervenants, la gestion des papiers, la vie avec des troubles cognitifs, la fatigue. Plusieurs associations d'aidants interviennent dans les formations ou animent des formations pour d'autres aidants. Si vous accompagnez un proche, les pages Aidant : les droits et le répit et Tenir sur la durée peuvent aussi vous servir.
⚠️ Les pièges
- Raconter pour se soulager. Un témoignage de formation doit servir à ceux qui écoutent. Si l'émotion est encore vive, prenez le temps.
- Généraliser son cas. Votre expérience est vraie, elle n'est pas universelle. Dites « dans mon cas ».
- Intervenir sans cadre. Demandez un temps de préparation et un retour après la séance.
- Tout accepter. Il est permis de dire non, ou pas maintenant.
- Travailler gratuitement sans le savoir. Certaines interventions sont rémunérées ou défrayées. Posez la question avant.
👍 Le coup de pouce
Pour préparer une première intervention :
- Quel est le public, combien de personnes, quel niveau ?
- Qu'attend l'enseignant : un témoignage, une mise en situation, un échange ?
- Combien de temps, et qui anime avec vous ?
- Y a-t-il des sujets à éviter, pour vous ou pour eux ?
- Trois messages que vous voulez que les étudiants retiennent.
- Et après : un temps pour en reparler ensemble ?
Pour aller plus loin
- France Assos Santé : devenir représentant des usagers et suivre la formation de base.
- HAS, rubrique Engagement des usagers : la place des patients et des aidants dans le système de santé.
- Solidarités.gouv.fr, rubrique Démocratie en santé : les instances où siègent les usagers.